Autre extrait

J'ai lu le journal pour me tenir au courant des nouvelles. Obama. Toujours Obama. Obama est un mélange de la poupée Barbie et de Nostradamus. D'après moi, ce n'est qu'un prophète de bande-dessinée. Le jour où son public va s'en apercevoir, ça va faire mal. La France expulse des jeunes afghans. Ça, c'est incroyable et franchement déprimant ! Nos soldats se battent en Afghanistan et les afghans fuient chez nous. A quoi ça sert d'aller se faire flinguer là-bas si le pays se vide ? Évidemment, les droitdel'hommistes vitupèrent contre les expulsions. Mais bon, ces gens-là ne sont pas humains.

Des tristes salopards sont montés sur des navires pour faire de la propagande pro-palestinienne. L’objectif de ces activistes n’était pas d’apporter une aide humanitaire, mais de faire la guerre. Il y avait 700 individus à bord. Le plus grand nombre d’entre eux appartenaient au Hamas, mais il y avait aussi des européens. Dans un monde où les terroristes se font exploser dans les boulangeries ou dans le métro, c’est incroyable qu’il y ait tant d’idiots prêts à défendre le premier qui gémit : « Je suis une victime ». Les israéliens ont sabordé les bateaux et flanqué tout le monde au gnouf. Evidemment, les gogos occidentaux hurlent et ça pollue la télé et les journaux.

Et puis, toutes les infos sur la société de la peur. Notre pays a peur de tout. Des poulets, de la côte de bœuf, du tabac, de l'alcool, des voitures, des plombiers polonais, de l'effet de serre, du réchauffement climatique, du sexe... Moi, je n'ai peur de rien, sauf de moi.

J'ai l'intuition que la France et l'Europe sont en bout de course. C'est récurrent, les empires meurent un jour ou l'autre. Rome s'est éteinte en quelques décennies, l'empire Ming est tombé en moins de dix ans, la monarchie française a été décapitée en quatre ans, la dynastie ottomane a agonisé cinq ans et l'empire soviétique s'est effondré entre 1985 et 1991. Combien de temps tiendront encore la France et l'Europe ? La Grèce a déjà un pied dans la tombe... Le suédois Ingmar Bergman a dit : « Dès que je vois un nuage dans le ciel, je me dis que le monde tire à sa fin. » Les Scandinaves n'ont pas une existence très exotique, la vue d'un simple nuage égaille leur journée. J'ai connu un norvégien, Grog, qui vivait dans un fjord paumé où même les mouflons s'emmerdaient comme des rats morts. Alors, Grog s'écrivait des lettres, longues ou succinctes, dans l'espoir d'échanger quelques mots avec le livreur de courrier. Malheureusement, ce facteur était agoraphobe et refusait de sortir du bureau de poste. Dans une interviewe, Jeff Koons a déclaré : « Le plus grand objectif de l’art est l’acceptation des autres et du monde qui nous entoure. » C’est une idée très convenable. Pas très véridique. Les créations de certains grand artistes montrent qu’ils n’acceptaient pas du tout le monde tel qu’il était. Je peux citer Francis Bacon, Picasso ou Van Gogh. Les artistes qui travaillent pour IKEA, c’est différent. Eux, ils font le monde.

Gros Nul a bu un whisky avec moi.

-         Tu as vu ça, Gros Nul, Nicolas Hulot est la personnalité préférée des français !

-         Ouais, il n'y a plus de Brigitte Bardot !

-         Cet abruti mielleux nous propose les tribus amérindiennes comme modèle !

-         Les nanas de ces tribus sont à poils !

-         Elles sont mariées de force à 12 ans, elles n'ont pas d'Ipod et elles ne vont pas chez le dentiste !

-         Elles ne se font pas lifter non plus.

-         Il y a très peu d'avions pour le Maroc au départ de l'Amazonie !

Message de Popov : il manque un sketch ! Il manque toujours quelque chose pour un tout. Et à moi, il me manque tout pour faire quelque chose.

5 décembre. Je suis planté devant mon ordinateur. Je tape des mots, des phrases, je cherche, je tâtonne, je me maudis. Ce dernier sketch me donne du fil à retordre. Je voulais écrire un texte sur un type qui a une blennorragie, finalement j'ai opté pour un ulcère. Il refusait d'aller en vacances au Brésil, sa femme l'a forcé, ils sont partis et il a chopé un ulcère. Sa femme dit que ce n'est pas un ulcère, juste son pantalon qui est trop petit. Il a bu un punch brésilien à base de lait de coco, de sirop de canne et de rhum blanc. Il s'est évanoui et le médecin local tente de le réveiller en lui montrant des photos de requins blancs.

Je n'arrive plus à me concentrer. Je me souviens de la fête du jour de ma circoncision. Mon père avait tellement picolé qu'il a pris ma mère pour une gargouille et a essayé de la vendre à un brocanteur.

Ma femme range des papiers dans le classeur réservé à la sécurité sociale. Je l'observe.

-         Ton IRM n'a pas encore était remboursé ! Me dit-elle.

-         Ça va venir, ce n'était pas il y a six mois !

-         Qu'est-ce que tu écris ?

-         Un sketch !

-         Je croyais que tu avais fini ?

-         Oui, mais Godzilla en veut un autre.

-         Ça parle de quoi ?

-         Un ulcère !

-         Un des tiens ?

-         Tu sais parfaitement que j'en ai eu un l'année dernière !

-         Non, il manquait deux tailles à ton pantalon !

-         Pourquoi me dénigres-tu ainsi ?

-         Je ne te dénigre pas, je suis réaliste ! Combien as-tu de docteurs ?

-         Ben... 3... 4 en comptant le cardiologue. Et il y a aussi le copain de Myriam qui m'a fait une ordonnance pour les anxiolytiques.

-         Et ta psychanalyste ?

-         C'est différent ! Elle ne fait pas de diagnostics !

-         J'espère que je ne suis pas dans ton sketch !

-         Non ! Pas du tout ! C'est un couple de vétérinaires !

-         Tant mieux...

 

J'ai tout effacé. J'ai repris le sketch à zéro. J'ai conservé les principaux éléments : le Brésil, Rio de Janeiro, le Pain de Sucre, un punch exotique, une bonne femme qui dit : « Monsieur, vous marchez sur mon maillot de bain ! ». J'ai écrit pendant une heure. J'en avais ras le bol, je suis sorti. J'avais rendez-vous chez ma psychanalyse. Elle m'a accueilli avec un large sourire. C'était la première fois ; habituellement elle se contentait de se gratter le nez. J'ai pris ma place sur le divan.

-         Je ne sais plus qui je suis !

-         Vous avez perdu votre carte d'identité ?

-         Non ! Ce n'est pas ça ! Je ne sais plus comment me définir. Il y a ma vie, mais j'ai l'impression de marcher à côté. À côté de ma vie. Je ne suis plus dedans. Et puis, ma vie, c'est quoi exactement ? Je viens d'écrire un sketch, un truc idiot, sans grande qualité. Ça se passe à Rio, mais ça pourrait très bien se passer à Tokyo ou au Panama. Ma femme, elle ne s'y est pas intéressée, elle n'a pas voulu le lire. Elle m'a parlé de mon ulcère. Je n'ai pas d'ulcère, mais à un moment donné j'ai cru en avoir un... Ma femme, c'est ma vie. Mais elle ne lit pas mon sketch, donc je ne suis pas dans ma vie. Ou elle n'est pas dans la mienne. Si j'ai une vie, évidemment... Est-ce que ça a une signification ? Est-ce que je ne suis pas en train de quitter ma vie ? Ou ma femme quitte-t-elle ma vie ?

-         Vous devriez suivre une thérapie conjugale !

-         Et elle lirait mon sketch après ?... Je suis extrêmement paumé. Je veux prouver à ma femme que j'existe et elle ne fait pas attention à moi. Je vais avoir un ulcère !

-         Essayez de lui dire ce que vous ressentez !

-         Elle est sourde à mes cris !

-         Parlez-lui doucement, tendrement, sans excès, dites-lui ce que vous avez sur le cœur.

-         Mais si je ne suis plus moi, ai-je encore un cœur ?...

Je dois gagner de l'argent, m'acheter une Ferrari et devenir un homme. L'homme de ma femme, tout du moins. Je ne dis pas que ma femme veut une Ferrari, mais ça peut aider. C'est très difficile d'être à la hauteur d'une femme, ça ne coule pas de source. Oublions la Ferrari. Si je gagne de l'argent, je deviendrai plus homme, plus présentable, plus désirable peut-être.

 

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