Extraits Roman

MA PSY : Je suis prête !

MOI : La solitude, ça m'est égal. Je m'adapte parfaitement à la solitude. Je sais ce que dit Schopenhauer sur la solitude : « Ce qui rend les hommes sociables est leur incapacité à supporter la solitude et donc eux-mêmes ». Je peux rester seul durant de longues heures sans que ce soit affligeant. La prostration et la mélancolie me sont étrangères. D'abord, je réfléchis. Et après, je réfléchis sur mes réflexions. Ma femme est hérissée quand je reste seul sans bouger d'un poil. Elle n'admet pas ça. Elle me dit : « Tu ne vas pas demeurer ainsi toute la journée ! Fais quelque chose, bon sang ! Va voir des gens ! » Pour elle, c'est l'incompréhension. Elle est très active. Alors, à ses yeux, la solitude, c'est un renfermement. Pourtant, la solitude, c'est bien, j'en ai besoin. Dans mon job, l'écriture, la solitude occupe une part importante. Un écrivain ne va pas se bronzer le bout du nez à Paris-Plage au milieu des bobos qui suintent l'ineptie !... Van Gogh il était tout seul ! Il peignait du matin au soir, même la nuit, dans sa chambre ou son atelier. Il allait de temps en temps boire de la gnôle au café, mais il ne fréquentait personne. En plus à Arles ! C'est le désert Arles ! Il n'y a rien à foutre à Arles, à part la corrida. Les rues sont étroites, si on est trois on ne peut pas se croiser, à moins de se sauter par-dessus... Vous trouvez que c'est normal que je me compare à Van Gogh ?

MA PSY : C'est un immense peintre !

MOI : Il n'est pas question que je vive à Arles !

 

 

 

 

 MA PSY : Allez-y...

MOI : Claude m'a dit un truc très étrange : « Si tu te retournes, tu ne te vois plus ! » Cette phrase est sans queue ni tête, mais je la comprends. Je peux la traduire par : « Avance, tu te trouveras ! » Je ne dois pas avancer assez vite, je ne sais pas où je suis planqué. Qui suis-je ? Je me pose cette question depuis des siècles. Van Gogh savait qu'il était un peintre. Il a commencé par être apprenti auprès du marchand d'art Goupil et Cie à La Haye. Ensuite, il n'a pas arrêté de peindre. Un jour, il écrit ceci à son frère Théo : « Tu es capable de me comprendre quand j’affirme qu’on a besoin d’amour pour travailler et pour devenir un artiste, un artiste qui cherche à mettre du sentiment dans son œuvre » J'ai besoin d'amour. De l'amour de ma femme. Peindre, je m'en fous. Je ne sais même pas dessiner la tête à Toto. Uniquement de l'amour. J'ai une libido démesurée. Quand on n'a plus de libido, on peut mourir sans regret. Je sais qu'il y en a qui jouent au scrabble pour compenser. Mais moi, je n'ai pas l'intention de participer à des compétitions de scrabble. Je ne suis pas sportif. Je me suis cassé le nez en jouant au ping-pong. Ma femme a toujours des soutien-gorge adaptés. Elle a des (très) gros seins, mais elle réussi toujours à dégotter un soutien-gorge qui lui va comme un gant. Je voudrais être son soutien-gorge. Ce n'est pas de la perversion. Je ne suis pas un pervers congénital. Là, vous êtes en jupe, et je vous jure que je n'ai pas regardé vos cuisses ! Personne ne m'a vu nu, sauf ma femme. J'ai fait un cauchemar atroce. Des bandits, des écologistes, me kidnappent et me dénudent dans la grande salle du Louvre. Il y a des japonais qui me prennent en photo et un chinois qui dépose des rouleaux de printemps sur mon crâne... Comment prouver à ma femme que je l'aime sans renoncer à mon mutisme ?

MA PSY : L'heure est écoulée...

 

 

 

 

MA PSY : Comment voyez-vous votre avenir ?

MOI : L'idée de l'avenir est plus féconde que l'avenir lui-même. Bergson ! La mère de Bergson était anglaise, donc ce type est proche de moi. Autrement, l'avenir, bon, c'est au jour le jour. J'essaie de me projeter, mais ce n'est pas un triomphe. Quoiqu'il en soit, je ne vois mon avenir qu'avec ma femme. Mais ce n'est pas gagné ! L'amour, c'est formidable mais c'est un combat de chaque instant. Je suis comme tout le monde, je rêve mon avenir. Je suis à la télévision -il n'y a que la télévision qui compte aujourd'hui-, je suis invité dans une émission promotionnelle. Il y a le type qui vient promouvoir son film assommant et la poupée qui vient vendre son CD lamentable. Moi, je suis là pour mon roman. Je n'ai pas écrit de roman, mais dans mon rêve oui. L'animateur me demande : « Votre roman évoque une perturbation émotionnelle. Est-ce autobiographique ? » « Non ! Je n'ai jamais été perturbé ! Je suis un long fleuve tranquille ! » Et à ce moment-là, ma femme surgit sur le plateau, elle passe devant moi et s'adresse à la caméra : « Je m'élève contre ce roman insidieux qui raconte ma vie sexuelle avec cet homme désastreux ! » Je suis ouaté comme un coton-tige, sens dessus dessous, hébété. « En conclusion, il s'agit d'un roman autobiographique ! » sourit l'animateur. Je m'enfuis en rampant. Ça c'est l'avenir tel que je le vois ! Ce qui est rassurant c'est qu'il n'y a pas de roman. Je ne vais pas écrire un roman, c'est sûr. Je ne veux pas que ma femme se fâche. Mais il y a des rêves prémonitoires. Est-ce que vous croyez aux rêves prémonitoires ?

MA PSY : Et votre scénario de film ?

MOI : Il n'y a pas un mot sur ma femme dans mon scénario !

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